Où sont les entrepreneurs allemands?


De grands groupes allemands comme Siemens ou Daimler font de bonnes affaires en Afrique – les PME/PMI allemandes hésitent. Un état des lieux

Le pourcentage de l’Afrique dans le commerce extérieur allemand ne s’élève qu’à 2 %. Selon le concept pour l’Afrique élaboré par le gouvernement fédéral, les possibilités de coopération économique doivent à l’avenir être mieux utilisées et le nombre d’entreprises allemandes ayant une filiale en Afrique, actuellement de 600, se doit d’augmenter. Or la plupart des PME/PMI ont jusqu’à présent choisi d’investir en Asie.

Cela s’explique peut-être par le fait que les Allemands attendent trop de sécurité et de transparence : selon la firme britannique Control Risks qui analyse les risques des activités à l’étranger, le nombre de pays peu sûrs est particulièrement élevé en Afrique, à l’exception du Sénégal, du Botswana et du Ghana. De belles perspectives de croissances attirent en outre les investisseurs en Afrique du Sud, en Angola et au Nigéria, ­riche en pétrole.

Une étude de l’Association pour l’Afrique de l’industrie allemande (l’Afrika-Verein, AV) sur les opportunités du marché africain pour les PME/PMI allemandes leur recommande aussi le Kenya, le Mozambique, la Zambie ou la Tanzanie. Trop de chefs d’entreprise sous-estiment les opportunités qui naissent des communautés économiques supranationales, déclare Bruno Wenn de l’AV. Ceux-ci ne verraient qu’un « immense continent se décomposant en 54 pays et en autant de marchés souvent peu étendus.

L’étude de l’AV trace un tableau plus différencié. Selon elle, on enregistre des progrès en maints domaines, « entre autre dans la lutte contre la corruption ». Ce que l’étude ne cache pas : les entreprises allemandes manquent de contacts dans les anciennes colonies, contrairement aux Anglais ou aux Français.

À cela viennent d’ajouter des inconvénients structurels : « Nos entreprises énergétiques ne sont pas présentes en Afrique car les fournisseurs allemands pensent dans des dimensions communales », explique Wenn dont la première activité professionnelle est de diriger la Société allemande d’investissement et de développement (DEG). La DEG fait partie du groupe bancaire de la KfW qui accompagne les entreprises privées en Afrique.

Le groupe Schwenk, dont le siège se trouve à Ulm, a construit une usine de ciment en moins de deux ans en Namibie. Outre, la DEG et la Banque d’investissement européenne, la Development Bank of South Africa faisait aussi partie des bailleurs de fonds. Avec sa filiale Ohorongo, le groupe a créé quelque 300 emplois, 2000 autres dépendent indirectement de l’usine.

La production a commencé en février 2011, explique Gerhard Hirth, le patron du groupe Schwenk. « Ce qui était important, c’était notre solide financement avec 40 % de fonds propres, de l’opiniâtreté et des chiffres honnêtes auxquels les investisseurs pouvaient se fier. » Le plus ardu fut la bureaucratie, le contrat de financement de l’usine comprenait 800 pages.

À peine l’usine était-elle construite que son avenir était déjà menacé. La production baissait dangereusement en raison des importations de ciment bon marché en provenance de Chine. Normalement, un sac de ciment coûte 5 €. Pour les produits chinois subventionnés, les clients paient environ la moitié. « Nous avons investi 250 millions d’euros et nous nous retrouvons maintenant en concurrence avec du ciment chinois », dit Hirth en soulignant qu’Ohorongo en Namibie n’exploite pas un monopole mais calcule ses prix en fonction du marché.

Un accord protège maintenant l’usine. Pour sauver l’usine de ciment namibienne, le gouvernement de Windhuk lui accorde une « Infant Industry Protection ». Il a imposé des taxes ou des droits de douane sur les importations à prix dérisoire pour préserver les emplois dans le pays. Néanmoins : les PMI allemandes ne peuvent souvent pas résister à la concurrence chinoise en Afrique, estime Heiko Schwiderowski de la Conférence des chambres allemandes de l’industrie et du commerce (DIHK).

Des pionniers de la chaussure et de la robinetterie

Tilman Altenburg, de l’Institut allemand de politique de développement (DIE), voit un autre obstacle pour les PME allemandes dans le « commerce sur commande » dans le monde qui obligerait les produits des pays en développement à passer par les canaux de distribution des multinationales. « Les entreprises qui ne font pas partie de ces chaînes internationales de création de valeur n’ont guère de chance d’exporter. Il existe néanmoins des pionniers : à partir de 2025, au moins la moitié des 870 millions d’Africains vivront en ville, se disait la société Hansgrohe AG il y a déjà 25 ans.

Aujourd’hui, ce fabricant allemand de robinetterie fournit ses robinets et pommes de douche aux hôtels, banques et aéroports africains. Avec un C.A. de 15 millions d’euros, Hansgrohe est actuellement le numéro 2 du commerce de robinetterie au Cap. Le chausseur Ara, dont le siège est en Rhénanie-Westphalie, joue aussi un rôle de pionnier. Il mise sur l’Éthiopie et a investi environ 1,5 million d’euros dans une usine de chaussures dans la capitale Addis Abeba.

La stratégie d’Ara est claire, l’entreprise veut être présente sur les sites où se trouvent les matières premières. Des expériences positives avec les fabricants locaux confirment le choix du site. « L’Éthiopie a un potentiel incroyable en matière de sourcing et de main d’œuvre », déclare Tobias Zimmerer, le PDG d’Ara. ▪

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